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Matthieu Timmerman

Résumé
Qu’est-ce que le don embarqué ? C’est un don qui est à la fois indolore et quasiment invisible car intégré à une transaction autre. Un achat, une recherche sur Internet, un ticket de caisse, un jeu ou la simple utilisation d’une carte de crédit et le donateur verse quelques centimes, quelques euros à une association ou une cause. L’idée n’est pas nouvelle mais est devenue en quelques années une technique à part entière pour collecter des dons. Les sommes perçues sont certes loin des montants du don classique – 1,6 million d’euros en 2016 pour l’entreprise MicroDon, c’est-à-dire une goutte d’eau comparée au chiffre global de la générosité des Français… 7,5 milliards – mais la progression de ces entreprises à vocation solidaire est significative (Observatoire de la philanthropie, 2018).
Si le paysage philanthropique français n’a pas été bouleversé (ou pas encore) par ces innovations, l’émergence de cet entreprenariat collecteur marque cependant un tournant sur le marché des générosités. Pourquoi ? Parce qu’il projette une lumière radicalement nouvelle sur nos manières de donner et sur notre façon de penser le don. Qui aurait pu penser il y a une dizaine d’années que jouer à un quizz, courir 10 km ou acheter un sac de tennis Head nous permettraient de soutenir une bonne cause ? 
Les enjeux financiers sont certes encore modestes (pour ce qui est de la France) mais le pari lancé est aussi disruptif qu’ambitieux – ou en tout cas cherche à l’être. Il s’agit en effet pour ces entrepreneurs de réinventer le don. Pour tester la validité (et le réalisme) de cette proposition, il nous faut d’abord et avant tout comprendre le phénomène, et donc le définir et le cartographier – chose pour le moins difficile car celui-ci prend de multiples formes, du gaming à l’achat arrondi, du don de quelques euros au don gratuit… Nous essaierons donc de saisir cet objet disparate, éclaté et somme toute nouveau en essayant d’en fixer les cadres. Mais délimiter l’objet, ce n’est pas l’appréhender. La difficulté posée par ce don embarqué, c’est qu’il relève à la fois de l’acte consumériste et de la générosité. Privilégier une perspective sur l’autre serait assurément faire fausse route car il n’est ni l’un ni l’autre mais bien les deux. Cette hypothèse, qu’il nous faudra évidemment démontrer, nécessite de s’intéresser à l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus : entreprises partenaires, associations, organismes de collecte et bien sûr le consommateur/donateur.

Direction de thèse
Sophie Rieunier

Date d'inscription en 1ère année de thèse
27 novembre 2018