Farah Sayem
Résumé du projet de thèse :
Depuis plusieurs décennies, les villes sont confrontées à des transformations profondes liées aux dynamiques de mondialisation, de financiarisation et de marchandisation de la culture (Harvey, 2005 ; Boltanski & Chiapello, 1999). Cette réalité m’a encouragée à développer ma pensée critique face au monde d'aujourd'hui et à questionner la manière d'aborder des thématiques et concepts liés à notre existence en tant qu'être humain et à notre impact à l'échelle de notre territoire. En effet, L’idée de travailler sur un projet de thèse est née d’une observation sensible et engagée de mon environnement. À Tunis, où je vis et travaille, j’ai été témoin de la montée en puissance de pratiques culturelles collectives qui cherchent à recomposer un espace public fragmenté, souvent confisqué ou délaissé par les institutions. Marseille, ville méditerranéenne à l’histoire dense de luttes sociales et de résistances culturelles, m’a offert, durant une période de deux semaines de recherche terrain en février 2025, une perspective complémentaire sur la manière dont des formes artistiques émergent au croisement des conflits urbains, des flux migratoires, et des politiques d’aménagement. Ce projet de thèse s’inscrit dans une réflexion critique sur les conséquences sociales du libéralisme culturel (instrumentalisation de la création artistique, standardisation des formes et contenus culturels, une marginalisation des pratiques indépendantes, critiques ou communautaires) à la fois comme régime économique et comme culture influent sur les dynamiques artistiques. En effet, le néolibéralisme actuel restructure les imaginaires urbains, transforme les modes de production culturelle et génère des formes d’exclusion spatiale et symbolique. Ainsi, les villes néolibérales tendent à devenir des « machines à croissance » où l’espace est gouverné par les logiques de la rentabilité, reléguant les usages non commerciaux, les formes de création libre et les solidarités locales à la marge ((Harvey, 2003 ; Dardot & Laval, 2014). Dans ce contexte, les communs urbains artistiques, friches culturelles, tiers-lieux, espaces autogérés émergent comme des contre-espaces, porteurs de récits alternatifs et de nouvelles manières d’organiser des communautés durables à travers un ou des mécanismes de résilience adaptés à chaque initiative. La résilience organisationnelle devient une clé de lecture pertinente. Définie comme la capacité des organisations à anticiper, absorber, s’adapter et se transformer face à des perturbations (Holling, 1973 ; Weick & Sutcliffe, 2007 ; Autissier, 2024), elle permet de comprendre comment les communs culturels urbains maintiennent leur mission sociale et artistique malgré l’incertitude et les crises actuelles. Cette recherche porte sur une étude de deux villes méditerranéennes, Tunis et Marseille. Le choix des villes repose sur leur caractère contrasté tout en présentant des similarités significatives, notamment en ce qui concerne les défis urbains liés à la gentrification, à la précarité foncière, et aux inégalités sociales. Ces deux villes, bien que situées dans des contextes géographiques et socio-politiques différents, partagent des réalités communes telles que l’importance de la médiation culturelle dans les processus de transformation sociale et urbaine. L’étude comparée des initiatives de communs urbains culturels dans les deux villes offre l’opportunité d’éclairer les stratégies de résilience organisationnelle développées par des collectifs culturels situés dans des contextes institutionnels contrastés mais traversés par des dynamiques similaires.
La question de recherche proposée est donc la suivante : Dans quelle mesure “la fabrique du commun” construit-elle des mécanismes de résilience favorisant la durabilité d’organisations culturelles alternatives face aux pressions institutionnelles et marchandes, à Marseille et à Tunis ?
Direction de thèse : Amina BECHEUR - PREX - HDR
Codirecteur de thèse : Yasmine BOUGHZALA - HDR
Début de la thèse : 03 novembre 2025