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Lucas Boucaud

Résumé
Cette thèse explore la fabrication d’un dispositif de RSE au sein d’une multinationale française et vise à comprendre comment les différentes parties prenantes de l’organisation (Freeman, 1984) contribuent à la construction des systèmes de contrôle (Moquet, 2010) qui organisent leurs actions. Cette thèse mobilise une méthodologie ethnographique et s’inscrit dans le cadre d’une enquête au sens de Dewey (1938) visant à clarifier une perturbation vécue sur le terrain.
Au sein de l’entreprise étudiée et dans le cadre réglementaire[1] les indicateurs du reporting extra-financier constituent simultanément, un moyen pour les parties prenantes internes de piloter leurs actions et un moyen pour l’entreprise de rendre des comptes à la société. Le reporting extra-financier permettrait donc de produire des représentations de l’activité permettant un pilotage interne et un contrôle externe de ce pilotage. Or l’approche de l’activité située (Journé & Raulet-Croset, 2012) a pu montrer l’importance du contexte dans la régulation de l’activité. L’accomplissement de ces deux fonctions à partir des mêmes représentations nous pose question. Dans notre expérience de terrain, nous avons pu voir que cette « plasticité » de l’outil de gestion (Miroir-Lair et al., 2015) venait à rompre sous la pression des différentes parties prenantes, tirants l’outil de gestion vers leurs propres préoccupations.
Alors que la plupart des travaux étudient le reporting extra-financier en dehors de l’organisation nous nous intéressons à la fabrique interne de ce reporting et mettons ainsi en lumière la perméabilité des frontières et des systèmes de contrôle de l’organisation. Cette recherche dans la « boite noire » de l’organisation propose une clarification de cette perturbation à travers le concept de dispositif de Foucault.
A partir du concept de dispositif nous étudions les relations entre les stratégies des parties prenantes et les technologies sociales. Nous montrons que la pratique du reporting extra-financier fait partie d’un dispositif plus large, effectuation d’un diagramme (Deleuze, 1986) de contrôle sociétal reposant sur la pratique de redevabilité. Dans le cadre de ce dispositif, nous voyons que la redevabilité occupe une place centrale puisque la pratique de pilotage est inscrite dans une chaîne de « situations de gestion » (Girin, 1995) où chacune d’entre-elles produit et est produite par une pratique de redevabilité. Ainsi, nous montrons que la construction des systèmes de contrôle, visant la production de représentions pour piloter et rendre compte, peut être analysé comme un processus collectif résultant de l’enchevêtrement de situations de gestion. La pratique de redevabilité devient un moyen pour les parties prenantes de mettre en place leur propre pilotage. La reddition est alors appréhendée dans une perspective instrumentale (Bessire, 2005) plutôt qu’éthique, favorisant les intérêts de l’organisation plutôt que ceux de la société.
[1] Le rapportage extra-financier des entreprises | Ministère de la Transition écologique (ecologie.gouv.fr)

Abstract
This thesis explores the making of a CSR dispositive within a French multinational company and aims to understand how the different stakeholders of the organisation (Freeman, 1984) contribute to the construction of control systems (Moquet, 2010) that organise their actions. This thesis uses an ethnographic methodology and is part of an investigation in the sense of Dewey (1938) aiming to clarify a perturbation experienced in the field.
In the company studied and within the regulatory framework[1], the extra-financial reporting indicators are simultaneously a means for the internal stakeholders to steer their actions and a means for the company to be accountable to society. Non-financial reporting would therefore make it possible to produce representations of the activity enabling an internal steering and an external control of this steering. The approach of sited activity (Journé & Raulet-Croset, 2012) has shown the importance of the context in regulating activity. The achievement of both local steering and external control from the same representations raises questions for us. In our field experience, we have seen that this “plasticity” of the management tool (Miroir-Lair et al., 2015) breaks down under the pressure of different stakeholders, pulling the management tool towards their own concerns.
While most researches studies extra-financial reporting from outside the organisation, we study the internal making of this reporting and highlight the permeability of the organisation's borders and control systems. This research into the 'black box' of the organisation proposes a clarification of this perturbation through Foucault's concept of the dispositive.
Through the concept of dispositive we study the relationship between stakeholder strategies and social technologies. We show that the practice of extra-financial reporting is part of a larger dispositive, a diagrammatic effectuation (Deleuze, 1986) of societal control based on the practice of accountability. In the framework of this system, we see that accountability occupies a central place since the practice of steering occurred in a chain of “situation de getion” (Girin, 1995) where each of them produces and is produced by a practice of accountability. Thus, we show that the construction of control systems, aiming at the production of representations for steering and accountability, can be analysed as a collective process resulting from the entanglement of “situation de gestion”. The practice of accountability becomes a means for stakeholders to set up their own steering. Accountability is then understood from an instrumental (Bessire, 2005) rather than an ethical perspective, favouring the interests of the organisation rather than those of society.
[1] Le rapportage extra-financier des entreprises | Ministère de la Transition écologique (ecologie.gouv.fr)

Direction de thèse
Rémi Jardat
Co-direction de thèse
Anne-Catherine Moquet

Date d'inscription en 1ère année de thèse
16 juillet 2019